fr | de | en

Casino Luxembourg

Expositions

Filip Markiewicz, Voyage au bout d'une identité, 2015. Couleur / Format 2.35:1 / 35 minutes. © Filip Markiewicz.

Filip Markiewicz, Low Cost Symphony, 2014. Couleur / Format 2.35:1 / 17 minutes. © Filip Markiewicz.

Filip Markiewicz, Apotheke am Hermannplatz, 2010. Noir et Blanc / Format 1.85:1 / 6 minutes. © Filip Markiewicz.

1.7 — 1.8.2016 BlackBox

Filip Markiewicz

curateur(s): Bettina Heldenstein

« L'Europe actuelle découle de ce qui s'est produit ici il y a quelque cinquante ans. »

Dans toutes les œuvres filmiques de Filip Markiewicz, c'est à travers son œil et ses pensées que l'on voit. La caméra à l'épaule, il observe clairement et habilement des situations qu'il présente dans des compositions élégantes. Que la scène se présente par hasard, comme c'est par exemple le cas du musicien ambulant devant une pharmacie dans Apotheke am Hermannplatz (2010), ou que ce soit un environnement construit où des acteurs font référence à des créations choisies par l'artiste, comme dans Voyage au bout d'une identité (2015), l'artiste contrôle notre point de vue.

« Dessiner est dangereux... c'est une arme de construction massive. »

Dans Empire of Dirt (2007), nous assistons à une soirée punk dans un white cube d'une galerie. Graffiti, guitares et jeunes gens emplissent d'énergie et d'agressivité cet espace réduit. Inspiré de la fusillade de l'université Virginia Tech, le film saisit la rébellion en images auxquelles se superpose une trame sonore apaisante jouée au piano du compositeur Arvo Pärt. La musique joue un rôle important dans les films de l'artiste. De retour à l'intersection de la pharmacie du film Apotheke am Hermannplatz, nous, lointains spectateurs, observons en silence ce qui se passe de l'autre côté de la rue. Nous avons le loisir de lire la pancarte du musicien ambulant - « La vie est comme une roue » - et comprenons son désir de vendre son saxophone pour rejoindre sa famille. Un air triste résonne lorsque nous nous mettons à regarder attentivement le musicien. Les bruits de la rue, un klaxon, une altercation, servent de contrepoint à cette mélodie, puis tout cesse abruptement et nous laisse dans un silence troublant.

« Le paradis est souvent très proche de l'enfer. »

On peut détecter des formes musicales subtiles dans Low Cost Symphony (2010) : l'allegro d'un groupe de musiciens ambulants dans le métro ; l'adagio d'une conversation pessimiste dans un café ; le scherzo d'une guitare rock et le presto final des tambours et des chants d'une manifestation. Des icônes pop, allant de Bonnie Tyler à Conchita Wurst, s'insinuent dans l'échange sur la politique des deux protagonistes de Voyage au bout d'une identité, échange réputé résumer « toute l'ère européenne en trois minutes ». Le kitsch et le faste sont ironiquement juxtaposés et échantillonnés dans le montage effectué par l'artiste, ainsi que dans les déclarations polémiques et les lieux choisis. Des grands halls du Parlement européen aux splendeurs féériques de ponts, du « cadeau de Staline » (le Palais de la Culture) à Varsovie aux simples terrasses de cafés, entre autres, les lieux s'équivalent en poids, chacun utilisé comme un décor ready-made.

« La vraie vie est du cinéma. »

Voyage au bout d'une identité
est l'œuvre cinématographique la plus ambitieuse de l'artiste à ce jour. Pièce maîtresse du pavillon luxembourgeois à la Biennale de Venise en 2015, il s'agit ici d'une version à projection simple d'un environnement originalement immersif à écrans multiples. Cette compression donne lieu à du mouvement et, tout au long de l'œuvre, les passages répétés entre les scènes renforcent le sentiment d'un plus grand environnement. À des moments précis, après une scène, le montage s'interrompt et, de nouveau, le contraste et l'immobilité favorisent un souffle et un recentrement permettant d'apprécier cette œuvre densément stratifiée.

Voyage au bout d'une identité, trailer : https://vimeo.com/146519392

« Une goutte d'eau pour plusieurs personnes, mais une goutte peut également être une larme, et les larmes font l'histoire. »

L'histoire est partout présente dans l'œuvre de Filip Markiewicz. Je vois la mémoire, sa conséquence, l'ardeur et la colère dans chaque scène, mais je suis consciente du fait que mon regard n'est pas neutre. J'écris le 17 juin 2016 à Londres. Hier, dans ces jours avant le vote référendaire pour déterminer si le Royaume-Uni demeurera dans l'Union européenne, une jeune députée a été assassinée par balle par un supporteur de Britain First. La position de la Grande-Bretagne comme leader mondial de la diplomatie est en cause. En Europe, l'extrême droite progresse sans cesse, attisant la peur et la haine. Des extraits du Manifeste pour la technologie de dépolitisation du corps de Markiewicz, inspiré de l'assassinat de John Lennon, sont déclamés dans Voyage au bout d'une identité : « Imagine le corps humain ne pouvant être jugé par un autre corps humain sur le droit de vivre dans un pays ou pas. » C'est une chose difficile à imaginer en ce moment.

« Ça me fait peur, mais j'aime regarder. »

Voyage au bout d'une identité
se déplace de la Pologne au Luxembourg, se servant de l'héritage architectural de ces lieux pour aborder différentes idéologies européennes issues du passé et du présent. Les ambiguïtés et la fragilité de l'Europe, le Luxembourg et la mémoire sont des sujets qui nourrissent les conversations interprétées par les deux protagonistes pendant qu'ils changent aisément de lieux, de langues, de trames sonores et de genres.

« Notre mémoire repose sur Google. »

Un accessoire du Polonia Palace Hotel me vient à l'esprit : un billet de cent dollars arborant en palimpseste le mot SORRY. Cela constitue un commentaire succinct sur le rôle du Luxembourg en tant que paradis fiscal (sans égard pour les conséquences sur ses voisins) et, pourtant, comme une bonne part des œuvres de l'artiste, celle-ci résonne à travers les pays et l'histoire.

« Danser signifie également tomber, et tomber signifie se relever. »

Catherine Hemelryk

Directrice artistique, NN Contemporary Art Northampton, Royaume-Uni.
Ecrit dans l'Union européenne, le 17 juin 2016.

----

ChannelBox Preview Week-end (1.7. - 4.7.2016)

Les films de Filip Markiewicz peuvent tous être visionnés en avant-première à la ChannelBox au Casino Luxembourg à l'occasion du weekend du 10e anniversaire du Mudam, du vendredi 1er au lundi 4 juillet.

BlackThursday, 7.7.2016, 19 h 00

Raftside Leaks
Conférence/performance

avec Filip Markiewicz
Tom Bauler, professeur d'économie, Université Libre de Bruxelles
Luc Schiltz, acteur

Possibilité de dîner au ca(fé)sino après le concert/performance.
Réservations : T (+352) 26 27 02 79 ou cafesino@casino-luxembourg.lu

images

Filip Markiewicz, Voyage au bout d'une identité, 2015. Couleur / Format 2.35:1 / 35 minutes. © Filip Markiewicz.

Filip Markiewicz, Low Cost Symphony, 2014. Couleur / Format 2.35:1 / 17 minutes. © Filip Markiewicz.

Filip Markiewicz, Apotheke am Hermannplatz, 2010. Noir et Blanc / Format 1.85:1 / 6 minutes. © Filip Markiewicz.