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Expositions

Lucas Einsele, One Step Beyond - The Mine Revisited (www.one-step-beyond.de), 2001-2009. Installation in situ. © Jessica Theis.

28.3 — 14.6.2009

Great Expectations – Contemporary photography looks at today’s Bitter Years

artiste(s): Vahram Aghasyan, Éric Baudelaire, Frédéric Delangle, Martin Eder, Iván Edeza, Lukas Einsele, Patrick Galbats, Dionisio González, Peter Granser, Stanley Greene, Joachim Koester, Laurence Leblanc, Zwelethu Mthethwa, Adi Nes, Suzanne Opton, Ari Saarto, Bruno Serralongue, Melanie Smith, Jules Spinatsch, Sada Tangara, Guy Tillim, Kai Wiedenhöfer
curateur(s): Paul di Felice & Pierre Stiwer, Enrico Lunghi

Lorsque, au printemps 2007, naquit l'idée d'une réinterprétation contemporaine de l'exposition historique The Bitter Years, organisée par Edward Steichen au Museum of Modern Art à New York en 1962, personne ne pouvait se douter que sa tenue coïnciderait avec une crise financière à l'échelle mondiale. En réunissant des photographies documentaires réalisées dans le cadre d'une commande de l'Administration américaine de sécurité agricole (Farm Security Administration, FSA) dans les années trente, The Bitter Years retraçait l'impact sur l'Amérique de la crise économique au lendemain du krach boursier de 1929, communément appelé « Jeudi noir ». Organisée à l'orée des Trente Glorieuses, l'exposition de Steichen apparut comme un avertissement et, ce faisant, attribuait à la photographie un rôle moral dans une ère caractérisée par l'influence conjointe du consumérisme et de la menace nucléaire (1962 était l'année de la crise des missiles cubains).

Great Expectations associe les références à la crise économique des années 1930 à l'idéologie incontestée du progrès qui caractérisa les années soixante pour mieux analyser la situation actuelle, qui, tout en faisant écho à ces événements historiques, témoigne d'une complexité jusque-là insoupçonnée, largement due à la mondialisation de l'économie. Or, l'accumulation de richesses et le progrès ne semblent guère affectés par les dangers immédiats que représentent la raréfaction des ressources, la pollution environnementale ou la montée des extrémismes. Dans le sillage de la globalisation, l'économie de marché est devenue le référent exclusif de toute action humaine. Les médias de masse ont imposé leur façon de voir, tandis que le marketing, tant commercial que politique, tente d'infléchir, voire de monopoliser le débat public.

Dans ce contexte, il s'avère aujourd'hui bien plus difficile pour un artiste de faire entendre une voix discordante : si les conglomérats industriels réservaient jadis leurs moyens de production aux biens marchands et aux services, ils ont depuis longtemps investi le champ des idées et des sentiments pour y asseoir leur domination.

Dès lors, la photographie ne peut plus, comme au temps d'Edward Steichen, se replier sur son statut documentaire pour promouvoir une vision idéalisante. À l'époque d'une propagande tous azimuts basée sur l'image, la crédibilité de la photographie est naturellement mise en cause au même titre que la validité de ses effets de manche. L'importance des éléments de composition - caractéristique qui avait jadis guidé Steichen dans son choix d'images pour The Bitter Years - a décru à mesure que la mise en scène de la réalité, avant et après la prise de vue, est devenue une pratique courante. Ce glissement dans l'idée que l'on se fait de la photographie (voire celle qu'elle se fait d'elle-même) fait partie intégrante d'un processus que nous nous sommes habitués à appeler « mondialisation ». Il n'empêche que l'art réussit sans cesse à trouver de nouveaux moyens de représenter et de mettre en doute le statu quo social. Les œuvres réunies dans Great Expectations s'inspirent librement du sujet de l'exposition d'Edward Steichen pour mettre en lumière, à travers l'objectif de la photographie documentaire ou conceptuelle, les conflits de la vie moderne, vus par les journalistes, photographes et artistes de notre temps.

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partenaires

Cette exposition est organisée dans le cadre du Mois Européen de la Photographie.

Avec le soutien de : Les Amis des Musées d'Art et d'Histoire, Pro Helvetia, Swiss Arts Council (pour l'œuvre de Jules Spinatsch), Service de déminage de l'armée luxembourgeoise (pour l'œuvre de Lukas Einsele), Danish Arts Council (pour l'œuvre de Joachim Koester) et Arts Council of Finland (pour l'œuvre de Ari Saarto).

images

Lucas Einsele, One Step Beyond - The Mine Revisited (www.one-step-beyond.de), 2001-2009. Installation in situ. © Jessica Theis.

Martin Eder, Les nus, 2008. Impression type-C sur Aludibond. Galerie EIGEN + ART Leipzig, Berlin. © Jessica Theis.