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Casino Luxembourg

Expositions

Jean-Jacques Lebel, Reliquaire pour un culte de Vénus, 2001. Installation in situ. © Christian Mosar.

29.9 — 2.12.2001

Jean-Jacques Lebel – Reliquaire pour un culte de Vénus

artiste(s): Jean-Jacques Lebel
curateur(s): Enrico Lunghi

Figure emblématique d'une génération d'artistes qui a contribué à la « révolution culturelle » dans les années 60, Jean-Jacques Lebel s'est toujours attaché à concilier démarches artistiques et philosophie de vie. Exclu du mouvement surréaliste avec Alain Jouffroy en 1960, l'ensemble de son parcours notamment plastique se revendique et se marque néanmoins de la pensée de André Breton, du travail de dadaïstes tel que Max Ernst, et de l'esprit de Marcel Duchamp.

À ce contexte se greffe également un entourage d'ordre plus philosophique au travers de rencontres dans ces mêmes années avec Gilles Deleuze, Félix Guattari... Le chemin de Jean-Jacques Lebel croise alors des personnalités artistiques aux activités hétérogènes mais tous enclin à mettre en avant « l'action poétique comme activateur des contradictions de notre société industrielle ». Des rencontres qui conjuguent ainsi poésie, peinture, théâtre, engagement politique dans une série de happenings ou de performances dont Lebel est le premier organisateur en Europe, reprenant par là-même les idées avancées et mises en place par Allan Kaprow à New York. Le happening se veut alors comme un prolongement de l'Action Painting en dehors de la surface plane du tableau, investissant divers espaces et rejoignant les théories d'Antonin Artaud sur le théâtre. Dans cet esprit et en réaction  au climat politique de l'époque, Lebel co-organise avec Alain Jouffroy l'Anti-Procès en 1960, réunissant des artistes aussi différents que Brauner, Matta, Dufour, Rauschenberg, Tinguely, Michaux, Fontana, Erro, Fahlström et Lam... dans un mixage de théâtre total, happening, exposition et permettant à chacun d'eux de jouir de « l'absolu liberté de faire ce qu'il voulait » et de devoir « simplement affirmer avec les autres son opposition à la guerre d'Algérie ». 

En 1961, il prend l'initiative du Grand Tableau Antifasciste collectif, sequestré par la Questura de Milan pendant 23 ans. Dans la continuité de l'Anti-Procès, il met en place à partir de 1964 le Festival de la Libre Expression et à partir de 1979 le Festival International de Poésie Directe Polyphonix, mêlant arts plastiques, vidéo, musique, performance, poésie... On retient en 1965 le happening Dechirex  de Lebel lors du deuxième Festival de la Libre Expression qui s'est articulé sur le refus de la suprématie de la voiture dans l'espace social : une 4 CV Renault était présente comme «personnage» dans cette manifestation. A la fin du happening, le public s'y est violemment attaqué, la réduisant à presque rien. Le lendemain,  l'artiste Ben est entré les yeux bandés dans la foule agitant une hache de pompier. À l'idée de cette violence, Jean-Jacques Lebel répond : « la violence toute relative de nos soirées contenait toujours de l'ironie, mais il est vrai que le sens de l'humour des uns peut violer la sensibilté des autres».

Si les activités artistiques de Jean-Jacques Lebel sont reconnues depuis les années 60 à nos jours  dans le champ de la performance, il n'en demeure pas moins un artiste plasticien revenu « d'exil » dans le monde de l'art et de l'exposition en 1988. Il s'en était retiré 20 ans plus tôt afin de ne pas devenir un artiste domestiqué. Ecriture, collage, peinture, sculpture, installation, action directe sont associés dans les œuvres de Lebel à la sexualité, à la vie quotidienne, politique et philosophique avec pour fil conducteur de dadaïser la société (Portrait de Nietzsche, 1961 ; Portrait de Rauschenberg, 1961 ; Monument à Félix Guattari, 1995).

Au Casino Luxembourg, il fait le choix de montrer une installation évolutive, Reliquaire pour un culte de Vénus, composée de plus de mille images et d'objets ayant trait à Vénus et ramassés dans les Foires à Tout dominicales autour de son atelier dans L'Eure, le Calvados, la Seine-Maritime, mais également dans des contrées plus lointaines (Italie, Espagne, Chine, Allemagne, Etats-Unis, Québec...). Tous ces éléments reflètent les différents types de culte vouées à Vénus allant ainsi des icônes les plus « nobles » au kitch le plus « vulgaire ».

Je prends Vénus au sens classique du mot : la déesse de l'Amour, de la séduction, de la féminité dans le registre de la plasticité et de la sociologie des signes ». Ce grand mélange d'objets trouvés, d'images ramassées et de peintures, collage, dessins, fabriqués par moi n'est chaotique qu'en apparence : il a une logique, une trame et parfois même une forme toujours changeante. Différents systèmes de vénération sont tressés les uns dans les autres. Il s'agit d'un projet ou d'un rêve nietzschéen : un tableau bariolé de tout ce qui a été su, concernant la déesse aux mille visages et aux innombrables corps. D'où le titre, Reliquaire pour un Culte de Vénus

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Jean-Jacques Lebel, Reliquaire pour un culte de Vénus, 2001. Installation in situ. © Christian Mosar.