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Casino Luxembourg

Expositions

14.11.2020 — 31.1.2021

L'homme gris

artiste(s): Alex Bag, Darja Bajagić, Bianca Bondi, Christine Borland, Gast Bouschet, Christoph Büchel, Sarah Charlesworth, Jan Fabre, John Urho Kemp, Ragnar Kjartansson, Julien Langendorff, Élodie Lesourd, Tony Oursler, Andres Serrano, Sindre Foss Skancke, David Tibet, Iris Van Dongen, Gisèle Vienne, Marnie Weber, Jérôme Zonder
curateur(s): Benjamin Bianciotto

Sans doute l’avez-vous déjà croisé, au détour d’une rue, mangé à ses côtés, ri à ses plaisanteries, pleuré sur son épaule, admiré ses connaissances. Peut-être ne l’avez-vous même pas remarqué, bien que présent tous les jours, indifférente présence du quotidien, simple anonyme. Jamais pourtant il ne vous a révélé sa vraie nature, jamais vous n’avez pensé qu’il n’était qu’un masque, que ce voisin, cet ami, ce collègue de bureau, ce n’importe qui pouvait être le Diable en personne. Mais est-ce que nous ne le cherchons pas continuellement chez les autres pour éviter de le trouver en nous ?

L’exposition L’homme gris interroge les représentations non-archétypales du Diable dans l’art contemporain. Bien loin de disparaître, sa figure a simplement muté, démontrant de nouveau la fascinante faculté d’adaptation qui lui a permis de traverser l’histoire de l’art - et des hommes -, sans faiblir. Alors que la manière dont elle s’éclipse, se transforme, s’infiltre lui permet de revendiquer une position d’autant plus dangereuse, puissante, ou libératrice, elle offre aux artistes deux voies possibles à explorer. Leur choix oscille ainsi entre la coquille vide, le costume à endosser, l’image pure, et une insaisissable et constante métamorphose.

Cette stimulante alternative évoque, voire invoque, les dissimulations réflexives ou le recours à l’anonymat comme armes stratégiques ; révèle l’intériorisation maléfique en l’homme, et son insoutenable banalité ; questionne la frontière du visible et de l’invisible, du déguisement et de la masse ; aspire à raviver une ténébreuse flamboyance. La diagonale de la création traverse dès lors des pôles philosophiques, économiques, politiques, esthétiques, ou moraux.  

Tel un étendard, l’ombre plane : celle, majuscule, de C. G. Jung, celle laissée par le vol inquiétant de l’archange déchu, celle qui occulte la lumière et plonge le monde dans un gris morose et tiède, bien qu’enveloppant ; surtout, celle que Peter Schlemihl a vendu à « l’homme gris », et qui lui permit, infortuné rejeté, de comprendre et d’admirer - véritable parabole de l’art - les merveilles de ce monde.

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